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Page 9 / Jan de l'ours La naissance
Une fois, avant le temps, il y avait une chevrière qui allait chaque jour dans la forêt pour ramasser du bois. Elle partait le matin avec sa chèvre qu’elle attachait au pied d’un arbre ; elle n’avait qu’une chèvre parce qu’elle était pauvre.
Pendant que la bique broutait pour se faire du lait, la chevrière cueillait ce qui pouvait servir, du petit-bois, des glands, des champignons, des mûres sauvages.

"Toute la nuit, Jan et sa mère écoutèrent les hurlements ..."
Mais dans la forêt, il faut bien faire attention de ne pas marcher sur l’herbe-d’oubli ; vous savez, cette herbe des sorciers qui égare les distraits. C’est une plante très venimeuse. Certains l’appellent l’herbe- de-la-lune parce que ceux qui se font prendre semblent dans les nuages. Si vous posez votre talon gauche sur l’herbe-d’oubli, en faisant un pas de reculons, vous êtes perdu ! vous ne vous souvenez plus de rien, votre mémoire s’endort pour longtemps.

C’est ce qui arrive à la chevrière.
Elle pose son pied gauche sur la plante magique et jiit… ! Elle perd son chemin.
La voilà qui marche, qui marche, et tourne et retourne, ne sachant plus où aller. Des heures comme ça !
Sans s’en rendre compte, elle arrive dans la montagne noire où habitait l’Ours-Blaï (un ours grand et fort qui s’appelait Blaï).
Celui-là, depuis un moment, il avait aperçu la bergère et la regardait, caché derrière un rocher.
- Cette femme, pensait-il, il te faut la prendre pour toi !
Tout d’un coup, il lui saute dessus et l’emporte à pleins bras au fond de sa grotte.

Il emporte la fille sans lui faire de mal, et la dépose au fond de la grotte sur un lit de feuilles sèches. Enfin, il pousse un gros rocher devant l’entrée pour qu’elle ne puisse pas s’échapper.
La pauvre était morte de peur, mais l’Ours-Blaï ne voulait pas lui faire de mal. Bien au contraire, il allait chercher à manger pour elle, lui apportait des branches de fruits, des rayons de miel, des œufs d’oiseaux, lui apportait du gibier, et même des agneaux volés.
Lorsqu’il retournait de la chasse, après avoir poussé le rocher, il déposait les provisions aux pieds de la fille en écartant les bras et se mettait debout comme un homme. Il était très content.
En vérité, si ce n’était la peur de vivre en compagnie du bourru, elle aurait été plus heureuse qu’avant, la chevrière !

Un an, elle vécut avec l’ours, la chevrière, et au bout d’un an elle eut un enfant très grand et très fort, avec déjà une dent à sa naissance, de beaux cheveux frisés et des poils roux sur tout le corps. Elle l’appela Jan.
Elle l’appela Jan parce qu’il était né à la Saint-Jean de l’été quand les mille-pertuis sont fleuris.
…Je t’appelle Jan, mon gros garçon, et tu seras fort comme l’ours.

L’ours était très content d’avoir un petit Jan dans sa maison. Il apportait encore plus de fruits et de viandes, et même des veaux charriés sur ses épaules.
Jan grandissait vite et devenait plus fort de jour en jour. C’est qu’il tenait de son père pardi ! C’était un homme-double.
À chaque anniversaire, Jan semblait avoir le double de l’année précédente. À un an, il paraissait en avoir deux. À deux ans, vous lui en auriez donné quatre. À trois ans d’âge, il avait atteint la taille d’un garçon de huit ans, et à son quatrième anniversaire, il en avait seize.
Comptez avec moi et vous verrez que depuis sa naissance, cinq années s’étaient achevées et Jan avait la hauteur d’un homme dans ses trente ans ! Tout de même il continuait de téter sa mère et grandissait toujours.
La chevrière continuait de faire téter son enfant pour que l’ours ne vienne pas lui en faire un autre.

Un matin, Jan dit à sa mère :
- Pourquoi l’Ours-Blaï nous tient prisonniers dans cette grotte ? Je veux sortir et vous emmener avec moi. Un jour, vous verrez, mère, je serais assez fort pour soulever le rocher qui nous enferme et nous partirons ensemble !
Assis tous deux sur le sol dans les cendres du foyer, la bergère racontait à Jan la vie des hommes dans le village, elle lui parlait des champs, des arbres et des oiseaux et du ciel que l’on apercevait un peu par la lumière de la cheminée. Elle lui expliquait le travail des uns et des autres, et comment sont les maisons et comment sont faits les outils et tout le reste. Elle faisait son éducation.

Jan aimait bien l’Ours-Blaï, il lui grimpait sur les épaules et jouait à la lutte, mais Blaï ne savait pas parler, il n’était pas capable évidemment d’expliquer le monde des bêtes et celui de la forêt. Contre les paroles de la chevrière, il était sans défenses.
Alors, de peur que la femme et l’enfant-double s’échappent, et le quittent, il les tenait enfermés dans sa tanière.
Comme il était le plus fort, il croyait que cela suffisait pour les garder avec lui.
Lorsque Blaï sortait pour aller à la chasse, Jan s’exerçait à soulever le bloc qui fermait la grotte. Il forçait des épaules et des bras, s’arc-boutait jusqu’à avoir le sang à la tête ; mais la pierre était lourde !
Un jour, pourtant, chut !… Elle bougea un peu, et Jan cria :
- Ça y’est, mère, je l’ai soulevée d’un demi-pouce. Attendez que je sois plus grand et vous verrez que nous pourrons sortir !

Le temps passa…
Chaque jour, Jan essayait de soulever la dalle.
Il essayait de soulever la dalle et s’exclamait : Elle a bougé d’un pouce ! encore un mois, et je soulèverai la pierre !
Un mois passait, à la longue du temps il essayait toujours.
-Encore une semaine et j’y arriverai !
-Encore un jour…
-Oh ! ô-hisse ! à moi… Nous y sommes ! Oooo!
Il soulève la pierre et la bascule sur le côté pour libérer l’entrée de la grotte, comme il l’avait vu faire lorsque l’Ours-Blaï sortait.
Jan et sa mère sont libres.

Vite ! il faut partir ! L’ours pourrait surgir d’un moment à l’autre. Et vienne nous chercher ! Hop ! hop !
Les voilà tous deux qui courent sur le penchant de la montagne et dévalent vers la plaine. Hop ! hop ! Arrivés aux abords du village, les premières gens qui les aperçoivent s’enfuient, épouvantés !
Pensez donc, on aurait dit deux sauvages avec leurs visages noircis de fumée, et leurs habits de peaux de bêtes. Les vieux croyaient reconnaître la chevrière disparue, et, la prenant pour une apparition, lui criaient :
Retourne au cimetière ! malheureuse ! Retourne d’où tu viens ! Nous ferons dire des messes pour le repos de ton âme !
La chevrière reconnaît bientôt sa grange abandonnée, elle s’y enferme avec Jan. Il était temps ! l’ours s’était aperçu de leur fuite.
L’ours arrive au grand quatre-saut, les yeux pleins de colère. En rentrant de vadrouille, il avait trouvé le nid vide, et il s’était précipité sur la trace des fugitifs en criant!
L’Ours-Blaï était très en colère. Ses cris faisaient frémir de peur tout le village. Ses coups faisaient trembler les murs de la maison qui tenait bon. Toute la nuit, Jan et sa mère écoutèrent les hurlements du bourru qui criait son ventre de douleur.
Au petit jour, l’Ours-Blaï s’en était retourné dans la montagne noire. Il ne revint plus jamais rôder autour des maisons.

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