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Page 10 / Jan de l'ours L'apprentissage
Quel charivari et quelle curiosité dans le village autour de la cabane vide depuis huit ans ! Les enfants étaient stupéfaits de voir la chevrière donner la tétée à un garçon qui avait la taille d’un homme. Et les femmes se demandaient qui pouvait bien être son père ?
Il fallut songer à l’envoyer à l’école.
Il en avait des choses à apprendre en sortant de la caverne !
On lui prépara un banc solide, et une table dans le fond de la classe. Jan vint s’asseoir avec les autres garçons du village. Ceux-là, voyant ses longs cheveux roux qui lui tombaient sur les épaules, ses grandes jambes et son air gentil, se moquèrent de lui :

"Dans la lueur de la forge, ils voient un grand garçon roux, entièrement nu sous son tablier de cuir, armé du plus gros des marteaux, qui cogne à tour de bras sur une énorme barre de fer rouge..."
- Jan-de-l’Ours ! Jan-de-l’Ours ! Jan-de-l’Ours ! chantaient-ils à la récréation. On lui faisait des farces. Comme il était sans malice, et dépourvu de méchanceté, Jan se laissait berner à chaque faribole.
Une fois, on lui demande de laver à la fontaine une peau de mouton noir jusqu’à ce qu’elle devienne blanche !…
Une autre fois, les mêmes galapiats lui proposent d’aller chercher de l’eau dans un panier d’osier !
Un matin, la bile lui monte aux yeux pour de bon. Il lève le poing pour frapper les garçons qui se moquent de lui. Tous les élèves ont très peur. Le maître s’interpose, et Jan, avec sa force du diable, assomme le maître. La marmaille s’enfuit dans la rue en poussant des cris. Les voisins sortent, les hommes vont chercher des bâtons, les femmes, les mains sur la tête, appellent au secours ! En un clin d’œil toute la communauté est sens dessus dessous.
- Les gendarmes ! Il faut l’enfermer ! C’est un monstre ! c’est une brute ! Ça criait de tous les côtés.
C’est que, vous voyez, on ne l’aimait pas beaucoup ce Jan de l’Ours, dont on ne savait pas d’où il sortait…
Et qui tétait encore sa mère ! si grand…Et qui était bien trop poilu et bien trop fort pour son âge ! Et qui avait les cheveux roux comme le diable… Et patin, coufin, patin, patourle…

Les gendarmes le mettent en prison dans une cave fermée par une double porte de chêne.
Pas plutôt enfermé, Jan, de colère, lâche un pet fracassant et la double porte vole en éclats !
Tranquillement, Jan s’en retourne chez sa mère.
- Je crois, mère, que l’école du maître ne peut pas m’apprendre grand chose et qu’il vaut mieux que j’aille en apprentissage, dit-il, il me faut partir, courir le monde, et chercher des compagnons de ma force.
- Eh bien, si tu le veux ! dit la mère, s’il faut que tu partes, va-t’en. Voici un baume prodigieux qui guérit les blessures et les coups. Gardes-le avec toi !
- Et bien allons !

Avec son balluchon sur le dos et un peuplier en guise de bâton, Jan-de-l’Ours quitte sa mère pour courir le monde.
Il marche toute la journée, et arrive en fin d’après-midi aux abords d’une ville.
La première maison, isolée le long du chemin, est celle du forgeron. C’est une grosse masure d’où s’échappe de la fumée et des tintements d’enclume, avec des jets d’étincelles.
Jan-de-l’Ours s’approche de la porte étroite, et au fond, dans le rougeoiement de la forge, il aperçoit le maréchal qui façonne à coups de marteaux les ferrures d’une jument ; Per, toun, pan ! Per, toun, pan ! Per, toun, pan !
Après chacun des coups, la masse rebondit sur l’enclume et semble retrouver dans le rythme sa force pour le coup suivant, per, toun, pan ! À chaque fois, les étincelles giclent et traversent la fumée jusqu’au seuil de l’atelier. Per, toun, pan !
Que c’est beau ! pense Jan-de-l’Ours, qui n’avait jamais entendu la musique ! Avec son bâton, il frappe le sol en mesure et gigote sur place. Il danse tripet !
- C’est ici que je ferai mon apprentissage !
- Maître forgeron, je suis Jan-de-l’Ours, et je fais mon tour de France pour connaître le monde. Voulez-vous m’apprendre à forger le fer ?
- Tu parais très fort, mon garçon ! Et bien, si tu es vaillant je t’apprendrai.
- Je suis petit, mais je suis grand ; qui me cherche me trouve !

Le nouveau se met au travail. En une journée, il abat plus de besogne que dix manœuvres pourraient faire en une semaine. Il tord le fer, actionne le soufflet, cisaille, perce, coupe, lime, affûte, martèle sans fatigue.
L’enclume retentit dans tout le bourg. Pan ! Pan ! Pan ! Il tape si fort que l’enclume s’enfonce dans le sol. Pan ! Pan ! Pan ! Le forgeron a très peur que le toit s’effondre.
Que se passe-t-il chez maître Angelier? se demandent les paysans intrigués ; allons voir !
Dans la lueur de la forge, ils voient un grand garçon roux, entièrement nu sous son tablier de cuir, armé du plus gros des marteaux, qui cogne à tour de bras sur une énorme barre de fer rouge. Pan ! Pan ! Pan ! Et qui rit.
Des étincelles grandes comme un louis d’or jaillissent du fer rougi. Et pin ! et pan ! La masure tremble, la terre tremble, le forgeron tremble aussi, et les curieux se tiennent à distance en tremblant devant cet ouvrier extraordinaire.

Dès que le travail fut terminé, dès qu’il n’y eut plus dans l’atelier un seul morceau de métal à forger, le patron, inquiet devant ce garçon terrible, lui demanda de repartir :
- Tu es trop fort pour ma boutique, compagnon, il te faut aller voir plus loin, à travers le monde, ce que tu peux apprendre. Ici, il n’y a pas assez de travail et ma forge est trop vieille pour résister à ta force !
- Ça va bien, maître, donnez-moi alors, ce sera ma paye, tout le fer qui se trouve sur le sol, pour me confectionner une canne, et ensuite je partirai.
Jan-de-l’Ours ramassa les morceaux qui jonchaient l’atelier, et se confectionna une canne de quarante quintaux. Elle était si lourde, cette canne de fer, que plusieurs hommes n’auraient pu la soulever d’un empan, mais lui la faisait voltiger comme s’il s’était servi d’un roseau.
- Adieu, maître forgeron, et merci pour ce que vous m’avez appris.

Jan-de-l’Ours reprit la route avec son sac sur le dos, et à la main, sa canne de quarante quintaux. Il allait découvrir le monde.

Je l’ai moi-même connu à cette époque, un jour qu’il passait par ici. Il était devenu un de ces géants capables d’accomplir des tours de forces. Sa réputation commençait à se savoir dans la région, et nous parlions souvent de lui à la veillée.

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