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Page 6 Le Pétassou de Trèves
 
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Le Pétassou de Trèves.
Une " blague ", une vessie de porc séchée et gonflée d'air était accrochée dans le dos du bonhomme. Celui-ci brandissait un balai de genêt. Il portait un masque grotesque, des moufles, et un chapeau ou un foulard.
Au fond des Cévennes, aux confins du Gard et de l'Aveyron, dans le petit village de Trèves, s'était conservée jusqu'au trois quarts du siècle une tradition particulièrement rare : le "Pétassou". J'ai pu voir le Pétassou une première fois au début des années 60 et une seconde fois en 1975.

Démon de Carnaval, ancêtre d’Arlequin, le Pétassou apparaît pour la Saint-Blaise, patron des métiers du chanvre et maître des vents.

La "blague" du nouveau Pétassou
Décembre 2000
Trèves est un village perdu qui ne devait pas compter plus d'une centaine d'habitants à l’époque. Vivants en économie d'auto-suffisance, les Trévaires se livraient aussi à un petit artisanat de textiles, chanvre, laine et magnanerie. Les hommes égrugeaient, peignaient le chanvre et tissaient. Les femmes tenaient la quenouille. Saint-Blaise étant le patron des métiers du chanvre (1), c'était donc le 3 février qu'avait lieu la fête patronale et que sortait le Pétassou. La première sortie se faisait en vérité le dimanche précédant le 3 février, après la grand- messe. La "vote" englobe toujours le dimanche.
Pétassou est le diminutif de "pétas" : pièce d'étoffe qui sert à raccommoder un vêtement. Le Pétassou est celui qui porte un habit rapiécé (2). De fait le costume du Pétassou de Trèves était confectionné de centaines de lanières d'étoffes multicolores, rassemblées par petits paquets, que les couturières gardaient des tombées de leur ouvrage. Les garçons , ceux de la classe d'âge, connue depuis le Moyen-Age sous le titre d'abbaye de jeunesse, entre l’adolescence et le mariage, se chargeaient de collecter les "pétas" et les accrochaient sur une houppelande jusqu'à former un accoutrement hirsute et bariolé. La toison d'un homme sauvage ou d'un ours en quelque sorte (l'ours sort de sa caverne pour la Chandeleur, vigile de Saint-Blaise).
Une " blague ", une vessie de porc séchée et gonflée d'air était accrochée dans le dos du bonhomme. Celui-ci brandissait un balai de genêt. Il portait un masque grotesque, des moufles, et un chapeau ou un foulard.

Des pétas pour Saint-Blaise
Pétassou sortait après la messe au son d'une musique de branle. Il agressait les spectateurs et agitait son balai en courant dans les rues enneigées. Dans l'après-midi, une seconde sortie de Pétassou avait lieu pour accompagner les garçons qui exerçaient leur droit de quête en passant de maison en maison pour recevoir des offrandes en nature, des œufs le plus souvent. Il dansait, courait, virevoltait en aspergeant les badauds. Le costume de Pétassou était brûlé chaque année au Mardi-gras sur un mannequin de paille puis jeté à la rivière (3). En questionnant une habitante de Trèves au cours d'un déjeuner, j'ai tenté de comprendre ce que représentait la fête du Pétassou. Comme souvent en pareil cas, rien d'essentiel n'a été révélé, mais à la fin du repas, elle me dit :<<Lorsque nous étions petites et que notre mère était en colère contre nous, elle nous criait : ah, tracassiers ! vous pourrez préparer des pétas pour Saint-Blaise et lui donner le mauvais sang que vous me faites faire !>>Elle dit cette dernière phrase en occitan que je traduis mot à mot. Le sens de ces paquets de chiffons serait alors chargé d'une faute, d'un péché, dont l'envoyeur se déchargerait sur le dos de Pétassou pour qu'il purge la communauté de ses culpabilités. L’homme sauvage serait le " bouc émissaire " en quelque sorte.
Il est évident qu'à Trèves nous avions un fossile vivant, l'exemplaire préservé d'un de ces innombrables bouffons de carnaval, prototype d'arlequin, directement lié au chanvre et aux souffles (la vessie), aux hommes ensauvagés, aux ours. Un ogre primitif , dont on relève la trace des Alpes aux Pyrénées.
A suivre…


(Extraits de : "Le Cannabis de la Canebière - Entre fil et fumée, à la recherche d'arlequin" de Jean-Marie Lamblard . Revue Europe N'803 - Mars 1996.
Reproduits avec l'aimable autorisation du rédacteur d’ Europe: Jean-Baptiste PARA, 64 bd Auguste Blanqui 75013 Paris. )


(1)Saint Blaise: évêque d'origine arménienne, martyrisé en 316. Patron des cardeurs car il a été lacéré avec des peignes à carder. Il est représenté avec la mitre, le peigne à carder et des cierges entrecroisés : il est fêté le lendemain de la Chandeleur.
(2) On pourrait également développer une autre théorie sur l'étymologie de "Pétassou" en faisant référence aux nombreux bouffons qui pétaradent, et cela en restant dans le domaine de la circulation des souffles.
(3) N'ayant pas assisté à cette dernière phase du rite, je me fie au récit d'Adrienne Durand-Tullou, excellente folkloriste (Revue du Parc national des Cévennes, 1976).
Cet extrait est également paru dans :Les échos du Chanvre - Eté 96 / N°3 - page 2 (contact : http://www.echosduchanvre.com/echosn15.htm )

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